Le choix d’une encre pour la sérigraphie textile engage bien plus que l’esthétique d’un logo. Il conditionne la compatibilité avec les certifications, l’innocuité du produit final, les conditions de travail en atelier, et la cohérence de votre démarche RSE.
Pourtant, dans la chaîne de fabrication d’un emballage textile, l’encre reste l’angle mort le plus fréquent. La matière est soigneusement choisie (coton bio GOTS, lin, recyclé GRS) mais l’encre est rarement étudiée. C’est la dernière étape, souvent la plus négligée et méconnue, et celle qui peut impacter négativement le bilan environnemental du produit.
Ce guide fait le point sur les types d’encres disponibles, leurs impacts, et les critères qui guident un choix vraiment éclairé.
Sommaire
- Sérigraphie textile l’importance de l’encre
- Les différents types d’encres pour la sérigraphie
- Encre plastisol : la référence historique, ses limites écologiques
- Encres à base d’eau : la voie du marquage écologique
- Encres végétales : entre promesse et réalité technique
- Comparatif des encres de sérigraphie textile
- Certifications et encres : ce que GOTS et OEKO-TEX imposent
- Comment Contexture intègre le choix de l’encre dans son brief de marquage
Sérigraphique textile & encre
La sérigraphie textile est un procédé d’impression par transfert : l’encre est déposée sur le tissu au travers d’un écran (cadre tendu d’une toile fine) dont les zones non-imprimantes sont obturées. La raclette pousse l’encre à travers les mailles ouvertes, reproduisant le motif avec précision.
Une encre de sérigraphie textile est composée de trois éléments fondamentaux :
- Le liant (ou véhicule) : la matrice qui supporte les pigments et assure l’adhérence au tissu. C’est ici que se joue l’essentiel de la différence entre encres plastisol, aqueuses ou végétales.
- Les pigments : les matières colorantes, organiques ou inorganiques.
- Les additifs : agents d’épaississement, stabilisants, durcisseurs, retardateurs de séchage.
La nature du liant détermine le comportement de l’encre à l’impression, sa résistance au lavage, son impact environnemental et sa compatibilité avec les certifications textiles.
L’encre n’est pas un détail de fabrication, c’est la dernière étape, et souvent la plus négligée
Les différents types d’encres pour la sérigraphie textile
Il existe trois grandes familles d’encres utilisées en sérigraphie sur textile :
- Les encres plastisol : à base de PVC et de plastifiants
- Les encres à base d’eau : aqueuses standard, aqueuses rongeantes, aqueuses haute couvrance
- Les encres végétales (biosourcées) : à base d’huiles de lin, soja, colza
À ces trois familles s’ajoutent des encres de spécialité : encres à effets (métallique, phosphorescent, holographique, pailleté, gonflant), encres de transfert, et encres UV – relevant chacune d’usages spécifiques.
Encre plastisol textile : la référence historique, ses limites écologiques
Composition et fonctionnement
L’encre plastisol est le standard historique de la sérigraphie textile industrielle. Elle est composée de PVC (polychlorure de vinyle) en suspension dans des plastifiants, aujourd’hui en grande partie substitués par des alternatives moins réglementées.
Son principe de fonctionnement : au lieu de pénétrer la fibre, elle forme un film plastique en surface du tissu après polymérisation à haute température (150 à 170 °C en tunnel de séchage). Ce film plastique est ce qui confère à l’impression son aspect brillant, sa couvrance élevée et sa résistance mécanique.
Pourquoi l’encre plastisol reste-t-elle si répandue ?
• Excellente couvrance, même sur fonds foncés
• Couleurs vives et contrastées
• Bonne résistance au lavage
• Ne sèche pas dans l’écran (pas de contrainte de temps lors de l’impression)
• Faible coût et facilité de mise en œuvre
Les enjeux environnementaux et sanitaires
L’encre plastisol pose plusieurs problèmes documentés :
- PVC : sa production génère des dioxines chlorées. En fin de vie, le tissu imprimé au plastisol est non recyclable et non compostable, le film plastique en surface empêche toute valorisation des fibres.
- Phtalates : longtemps utilisés comme plastifiants, plusieurs d’entre eux (DEHP, DBP, BBP) sont classés perturbateurs endocriniens et restreints par le règlement REACH en Europe. Leurs substituts actuels font l’objet d’études continues.
- Conditions de travail : la polymérisation à haute température génère des vapeurs dans les ateliers. Les opérateurs sérigraphes sont exposés à ces émissions au quotidien.
Point réglementaire : le règlement REACH (CE 1907/2006) restreint la concentration de certains phtalates à moins de 0,1 % en poids dans les articles textiles destinés aux enfants, et les directives européennes sur la responsabilité élargie des producteurs (REP) renforcent progressivement les exigences sur la fin de vie des produits textiles imprimés.
Encre plastisol et certifications : une incompatibilité structurelle
Le référentiel GOTS (Global Organic Textile Standard) interdit explicitement l’utilisation du plastisol et du PVC dans la chaîne de fabrication certifiée. Un tissu en coton bio GOTS, sérigraphié avec une encre plastisol standard, perd sa certification GOTS dès l’étape d’impression.
De la même façon, la norme OEKO-TEX Standard 100 contrôle plus de 100 substances dans le produit fini et peut exclure certaines formulations plastisol des produits certifiés.
« Un tissu certifié biologique marqué à l’encre PVC, c’est optimiser la matière et laisser un angle mort béant dans son raisonnement RSE. »
Encres à base d’eau : la voie principale du marquage écologique
Composition et fonctionnement
Les encres à base d’eau ou d’huiles végétales (lin, soja) remplacent les solvants pétroliers par des liants renouvelables. Elles pénètrent la fibre au lieu de la recouvrir d’un film plastique, polymérisent à température plus basse, et qui émettent significativement moins de COV (avec une meilleure prise en charge de la qualité de vie au travail et des risques sanitaires pour les opérateurs de sérigraphie). Résultat : compatibilité GOTS et OEKO-TEX possible, toucher conservé, fin de vie du tissu non alourdie.
Les sous-familles d’encres aqueuses
| Sous-type | Usage principal | Spécificité |
| Aqueuse standard | Textiles clairs, coton, lin | Bonne pénétration fibre, toucher doux |
| Aqueuse haute couvrance | Textiles foncés | Formulée avec charge blanche pour l’opacité |
| Aqueuse rongeante | Textiles teints foncés | Élimine la teinture du fond pour créer l’effet voulu |
| Aqueuse discharge | Effet délavé naturel | Réaction chimique avec le tissu, pas de film en surface |
Avantages environnementaux et sanitaires
- Pas de PVC, pas de phtalates dans les formulations certifiées
- Émissions de COV (composés organiques volatils) fortement réduites vs plastisol : jusqu’à -90 % selon les formulations (source : EuPIA, European Printing Ink Association)
- Meilleure qualité de l’air en atelier : conditions de travail améliorées pour les opérateurs sérigraphes
- Fin de vie facilitée : pas de film plastique en surface, le tissu reste valorisable
- Biodégradabilité supérieure : les résidus d’encre aqueuse sont plus facilement traités en station d’épuration
Limites techniques à connaître
- Séchage dans l’écran : les encres aqueuses sèchent plus vite à l’air libre, ce qui impose une manipulation plus réactive et l’utilisation de retardateurs de séchage pour les longues sessions.
- Couvrance inférieure sur fonds foncés : des formulations haute couvrance existent, mais le résultat est parfois moins opaque qu’avec le plastisol.
- Exigences d’équipement : la polymérisation requiert un équipement adapté (tunnel ou four spécifique selon les formulations).
- Savoir-faire accru : les encres aqueuses demandent une maîtrise technique plus fine que le plastisol, c’est pourquoi la majorité des ateliers conventionnels maintiennent le plastisol malgré ses problèmes.
Encres végétales : entre promesse et réalité technique
Qu’est-ce qu’une encre végétale ?
Les encres dites « végétales » ou « biosourcées » remplacent tout ou partie des liants pétroliers par des huiles végétales : huile de lin, de soja, de colza, de tournesol. Leur principal avantage est l’utilisation de ressources renouvelables et une réduction des COV par rapport aux encres conventionnelles.
En imprimerie offset (papier, emballage carton), elles sont aujourd’hui bien établies. En sérigraphie textile, la situation est plus nuancée.
Application en sérigraphie textile : des nuances importantes
En sérigraphie sur textile, le terme « encre végétale » est parfois utilisé abusivement. Il convient de distinguer :
- Encres biosourcées partiellement : contiennent une proportion d’huiles végétales intégrées à une base aqueuse ou hybride. C’est le cas de nombreuses formulations « eco » du marché.
- Encres 100 % végétales artisanales : à base de pigments naturels et de liants végétaux purs. Leurs performances sur textile (résistance au lavage, régularité du dépôt) restent difficiles à garantir en production industrielle.
Les encres végétales partiellement biosourcées présentent des avantages réels :
- Moindre dépendance aux ressources fossiles
- Toxicité réduite pour les opérateurs
- COV inférieurs aux encres purement pétrolières
Leur limite principale : l’absence de standard de certification propre aux encres végétales textiles. Une encre « végétale » peut tout à fait contenir des pigments AZO ou d’autres substances problématiques. La certification GOTS ou OEKO-TEX reste le seul filtre fiable, indépendamment de la communication « végétal » ou « naturel ».
Comparatif des encres de sérigraphie textile
| Critère | Plastisol standard | Plastisol GOTS-compatible | Encre aqueuse | Encre végétale / biosourcée |
| Couvrance sur fond foncé | ✅ Excellente | ✅ Excellente | ⚠️ Moyenne à bonne | ⚠️ Variable |
| Toucher | Film plastique perceptible | Film plastique perceptible | Doux, naturel | Doux à naturel |
| Résistance lavage | ✅ Très bonne | ✅ Très bonne | ✅ Bonne (si polymérisée) | ⚠️ Variable |
| COV émis | ❌ Élevés | ❌ Modérés | ✅ Faibles (-90 %) | ✅ Faibles |
| PVC | ❌ Présent | ✅ Absent | ✅ Absent | ✅ Absent |
| Phtalates | ⚠️ Partiellement substitués | ✅ Absents | ✅ Absents | ✅ Absents |
| Compatible GOTS | ❌ Non | ✅ Oui (homologation) | ✅ Selon formulation | ✅ Selon formulation |
| Compatible OEKO-TEX | ⚠️ Selon formulation | ✅ Selon formulation | ✅ Selon formulation | ✅ Selon formulation |
| Fin de vie tissu | ❌ Film plastique = non recyclable | ⚠️ Améliorée | ✅ Tissu valorisable | ✅ Tissu valorisable |
| Niveau de difficulté technique | Facile | Facile à modéré | Modéré à exigeant | Exigeant |
| Coût encre | Faible | Modéré à élevé | Modéré | Variable |
Certifications et encres : ce que GOTS et OEKO-TEX imposent
GOTS : le standard le plus exigeant sur toute la chaîne
Le Global Organic Textile Standard est la certification de référence pour les textiles biologiques. Sa particularité : il certifie l’ensemble de la chaîne de production, de la culture de la fibre jusqu’au produit fini – ce qui inclut l’étape d’impression.
Sont explicitement interdits dans le référentiel GOTS :
- Les encres plastisol (base PVC)
- Les phtalates
- Le PVC sous toutes ses formes
- Les colorants AZO (cancérigènes et génotoxiques pour plusieurs d’entre eux)
- Les métaux lourds toxiques
- Le formaldéhyde
Un tissu GOTS imprimé avec une encre plastisol standard ne peut pas être vendu comme produit GOTS. C’est une non-conformité qui engage la responsabilité du donneur d’ordre.
Nuance à connaître : certaines formulations plastisol « sans PVC sans phtalates » ont obtenu une homologation GOTS Chemical Inputs (ex. DREAMFLASH de Tiflex, approuvée GOTS V7). Elles permettent de maintenir le procédé plastisol tout en respectant le référentiel mais restent l’exception, pas la règle.
OEKO-TEX Standard 100
OEKO-TEX Standard 100 certifie l’innocuité du produit fini pour le consommateur. Elle contrôle plus de 100 substances dans le produit fini, avec des seuils de concentration variables selon la classe du produit (I : bébés ; II : contact peau ; III : non contact peau ; IV : décoration).
Pour les encres, OEKO-TEX vérifie notamment :
- L’absence de phtalates réglementés
- L’absence de colorants AZO interdits
- La conformité sur les métaux lourds (chrome, nickel, plomb…)
- Les amines aromatiques issues des colorants
GOTS vs OEKO-TEX : quelle différence pour l’encre ?
| GOTS | OEKO-TEX Standard 100 | |
| Ce qui est certifié | Toute la chaîne de production | Le produit fini |
| PVC interdit | ✅ Oui (explicitement) | ⚠️ Non explicitement, mais contrôle des substances dérivées |
| Plastisol standard interdit | ✅ Oui | ⚠️ Dépend de la formulation |
| Colorants AZO interdits | ✅ Oui | ✅ Oui (amines aromatiques) |
| Encre soumise à contrôle | Oui, en tant qu’intrant chimique | Oui, via le produit fini |
Comment Contexture intègre le choix de l’encre dans son brief de marquage
L’encre fait partie du brief de marquage au même titre que le tissu ou la fermeture. Notre équipe sélectionne les encres en cohérence avec la certification engagée sur la matière : encres homologuées GOTS si le projet l’exige, sans colorants AZO pour les marques beauté, compatibles contact cuir ou verre pour les dust bags.
Ce que Contexture vérifie à chaque projet :
- Compatibilité encre × certification tissu (GOTS, GRS, OEKO-TEX)
- Absence de colorants AZO (obligatoire pour les marques beauté et contact peau)
- Compatibilité encre × produit protégé (cuir, verre, cosmétique)
- Contrôle qualité AQL sur la régularité du dépôt lot par lot
Le bilan environnemental d’un emballage textile se construit sur l’ensemble de la chaîne, et l’encre est la dernière étape, souvent la moins documentée dans les appels d’offres.
